Partie 2 : Microsoft Basic et CP/M, standards du 8 bits (1975-1980)

Microsoft est fondé le 4 Avril 1975 à Albuquerque au Nouveau Mexique, loin du Seattle natif de Gates et Allen mais à deux pas des locaux de leur premier client : MITS, à qui ils délèguent le droit exclusif de vendre BASIC aux consommateurs, à la condition que MITS y mette son meilleur effort pour promouvoir et vendre le langage.

A sa sortie, l’Atair, comme la plupart des micro-ordinateurs de l’époque, est vendu en kit à construire par soi-même, ce qui réduit évidemment l’audience potentielle aux techniciens confirmés de l’époque. En plus de la machine, il est également possible de commander à MITS des périphériques en option ainsi le langage BASIC de Microsoft.

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Ed Roberts, le fondateur de MITS, a une méthode de vente assez particulière, il utilise l’argent des précommandes pour financer le développement des produits. Ce fut le cas pour l’Altair et cela sera le cas pour tous ses périphériques. Le BASIC de Microsoft ne pouvant pas tourner avec les 256 octets de mémoire inclus dans la machine, les utilisateurs doivent commander à MITS des barrettes de RAM de 4ko qui arrivent avec des mois à retard, ne sont pas testées par MITS, et tombent très souvent en panne.

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L’architecture de l’Altair étant ouverte, il ne faut pas longtemps pour que d’autres compagnies profitent des erreurs de MITS et mettent sur le marché des barrettes de ram alternatives compatibles avec l’Altair.

Roberts, ne voyant pas cela d’un bon œil, répond en couplant la vente des barrettes de MITS à celle de Microsoft Basic. En effet, MS-BASIC coute maintenant 75 $ acheté avec les barrettes (défaillantes) de RAM de MITS, et 500$ seul. De plus, MITS, fidèle à ses habitudes, commence à vendre BASIC alors que le langage n’est pas tout à fait prêt. En effet, Gates et Allen sont toujours en train de corriger les derniers bugs (il faut se rendre compte qu’une fois le langage entre les mains des consommateurs, il n’y avait pas un seul moyen de faire un correctif à l’époque).

L’effet n’est pas du tout celui escompté. A la fin de l’année 1975, la plupart des utilisateurs d’Altair utilisent une version pirate du langage de Microsoft. La relation entre MITS et Microsoft commence à rapidement s’effriter. Un accord est toutefois conclu entre MITS et Microsoft afin de résoudre le problème. MITS achète à Microsoft une licence générale de BASIC pour tous ses clients pour la somme de 31200$.

Au milieu de l’année 1976, une nouvelle compagnie nommée ISMAI annonce ce qui est de facto un clone de l’Altair : l’Ismai 8080. D’autres compagnies suivront avec l’intention de prendre des parts du marché à MITS.

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IMSAI 8080-IMG 1477″ by Photograph by Rama, Wikimedia Commons, Cc-by-sa-2.0-fr. Licensed under CC BY-SA 2.0 fr via Wikimedia Commons –

Afin d’être compatible avec l’Altair, elles utilisent le même BUS (qui relie le microprocesseur aux périphériques) que celui créé par Roberts pour l’Altair. Roberts tente alors d’imposer le nom « Altair Bus » pour le bus qu’il a inventé, mais les concurrents décident entre eux de nommer rétroactivement ce bus S-100 (standard 100).

Roberts dégaine sa dernière arme, il refuse de fournir des Altair aux magasins qui vendent un clone. Rapidement, c’est MITS qui a du mal à trouver ses magasins pour vendre ses Altair, c’est le début de la fin pour la compagnie.

De son côté, Microsoft prend son indépendance et commence à vendre BASIC aux autres constructeurs de micro-ordinateurs, Microsoft BASIC devient le langage standard des micro-ordinateurs basés sur l’Intel 8080.

C’est à cette époque que Microsoft ouvre ses premiers bureaux et commence à engager du personnel.

Toutes les machines utilisant la même architecture, elles sont inters compatibles entre elles et les périphériques se multiplient.

Jusqu’au milieu des années 1970, la méthode standard pour stocker des programmes et des données est le ruban de papier perforé. (MS BASIC est fourni de cette façon). Même avec les processeurs de l’époque, ce système n’était pas efficace et était très lent. Des téléscripteurs étaient utilisés pour lire le code sur la bande de papier et l’entrer dans la machine.Telex_machine_ASR-32

Un téléscripteur

De leurs côtés, les ordinateurs centraux IBM utilisaient des grandes bandes magnétiques, un système efficace mais cher, et difficilement applicable à une petite machine.

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 Bandes magnétiques sur un IBM System 360

Par Erik Pitti from San Diego, CA, USA — IBM System/360 MainframeUploaded by Mewtu, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8725007

Les ingénieurs d’IBM améliorent ce système de stockage pour arriver à quelque chose de bien plus petit et moins cher : la disquette. Une disquette de 5$ peut contenir l’équivalent de 60 mètres de bande perforée. De plus, avec les disquettes, on peut directement accéder à n’importe quelle donnée, sans avoir à « dérouler la bande » comme sur les cassettes.

 

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With a floppy drive !

L’arrivée des disquettes ouvre de nouvelles possibilités pour les micro-ordinateurs. Il s’agit là d’un stockage permanent, qui ne s’efface pas à l’extinction, et accessible directement à l’allumage de la machine. Il est donc maintenant possible de garder le compilateur BASIC sur la disquette et donc de ne plus avoir besoin de le recharger à chaque fois.

C’est ce que fait MITS avec son premier système d’exploitation très basique pour l’Altair : Altair DOS ou Disk Operating System (rien à voir avec MS-DOS).

Evidemment, gérer les entrées/sorties via des switchs et diodes machine n’est plus du tout pratique pour des programmes qui deviennent de plus en plus complexes.

Des terminaux d’accès, avec clavier et écran, comme ceux utilisés pour les ordinateurs centraux UNIX sont mis au point, tout d’abord assez simples puis de plus en plus évolués.

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Un des premiers terminaux pour Altair

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Un autre terminal, bien plus évolué pour Altair

Gary Kildall, qui a déjà développé pour Intel PL/M, le premier langage compatible avec les processeurs 8008, utilise celui-ci pour développer le premier système d’exploitation avancé pour l’Intel 8080 couplé à un lecteur de disquette : CP/M (Control Program for Microcomputers). Afin d’être compatible avec tous les clones de l’Altair, qui ont des périphériques légèrement différents les uns des autres, Kildall sépare une partie de son OS : le BIOS (Basic Input Output System), qui fait le lien entre matériel et logiciel et qu’il faudra adapter à chaque machine.

Il propose à Intel d’acheter CP/M pour 20000$ mais Intel n’est pas intéressé. Les utilisateurs font déjà des programmes intéressants sans avoir besoin de système d’exploitation.

Gary Kildall décide de vendre lui-même son système. ISMAI sera la première compagnie à proposer CP/M à la vente.

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CP/M, un OS qui en rappelle un autre…

Le standard de l’ère 8 bits est né et un équilibre se forme. Intel vend le microprocesseur, les constructeurs vendent la machine avec le bus S-100, Gary Kildall vend l’OS, et Microsoft vend le langage.

Bien que le 8008 d’Intel soit devenu le standard, d’autre constructeurs continuent de développer leur propre microprocesseur : MOS Technology amène sur le marché le 6502 en 1975, un petit processeur moins puissant, plus difficile à programmer, mais beaucoup moins cher que le 8008 : 25$.

En 1976, ne pouvant se payer un Altair, Steve Wozniak, qui est passionné par les ordinateurs depuis l’enfance, décide d’utiliser le 6502 afin de se créer son propre micro-ordinateur. Son ami Steve Jobs est impressionné et pense qu’il est possible de vendre la machine. L’ordinateur est nommé l’Apple et leur société Apple Computer est lancée avec un capital de 1300$ obtenus en vendant le bus de Steve Jobs et la calculette de Steve Wozniak. De par le bouche à oreille dans la Silicon Valley, les Apple se vendent rapidement.

La ferveur pour les Apple va jusqu’à Microsoft,  qui propose à Apple d’adapter Microsoft Basic au 6502. Jobs refuse, Wozniak a déjà une première version de leur Basic. « Et même s’ils ont besoin un jour d’un basic plus avancé, ils sont capables de l’écrire en un week end ».

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Apple I Computer » by Ed Uthman – originally posted to Flickr as Apple I Computer. Licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

Contrairement aux dérivés de l’Altair, L’Apple était vendu presque complet, avec un clavier intégré et la possibilité de se connecter à un moniteur.

L’appareil étant un succès, Jobs et Wozniak officialisent Apple Computer, et préparent une seconde version de leur machine : l’Apple 2.

Pendant ce temps, début 1977, alors que tout va pour le mieux pour Microsoft, Pertec, une compagnie qui vient de racheter les restes de MITS, demande à Microsoft d’arrêter de fournir BASIC à leurs concurrents, car c’est en violation du contrat d’exclusivité signé originellement avec MITS. Microsoft répond que MITS a rompu le contrat en refusant de vendre BASIC aux autres compagnies, alors qu’ils étaient supposés vendre le langage à tous les clients. C’est la première bataille juridique de Microsoft.

Même si la bataille juridique semble bien partie pour Microsoft, ils n’ont temporairement plus le droit de vendre BASIC à leurs clients et les caisses de la compagnie se vident peu à peu…

Un chèque providentiel d’Apple Computer arrivé en Aout sauvera la compagnie. Contrairement aux paroles de Jobs, il se trouve que le Basic de Wozniak n’est pas au point, et Apple Computer demande finalement à Microsoft d’adapter leur basic à l’Apple 2.

Microsoft gagnera le procès et MITS finira par disparaitre. Plus rien ne retient Microsoft au Nouveau Mexique et Gates et Allen décident rapidement de déménager la compagnie vers leur Seattle natal.

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Apple II IMG 4212″ by Rama. Licensed under CC BY-SA 2.0 fr via Wikimedia Commons

Du côté des deux Steve, l’Apple 2 a un problème majeur. N’étant pas équipé d’un processeur Intel, celui-ci n’est pas compatible avec CP/M et ne peut donc pas faire tourner la majorité des programmes conçus pour l’Altair et ses dérivés.

C’est à cette occasion que Microsoft sort son premier périphérique hardware : la Microsoft SoftCard pour Apple 2 à 349$. Cette carte ajoute en fait un second processeur à l’Apple 2, un Z80, qui a pour particularité d’être compatible avec l’Intel 8008.

L’utilisation de CP/M pour les utilisateurs Apple est donc maintenant possible.

L’Apple 2 sera un vrai succès, éclipsant les autres micro-ordinateurs. Pour Microsoft, les ventes de SoftCard décollent. Celles-ci feront en effet la majorité du chiffre d’affaire de Microsoft en 1980.

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Cependant, l’Apple 2 et les autres micro-ordinateurs commence à faire de l’ombre au géant des ordinateurs centraux : IBM, pas encore présent sur le marché des micro-ordinateurs. IBM commence alors à penser à lancer son propre micro-ordinateur…

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