Partie 12 : .net et XP (1997-2001)

En 2000, Microsoft est financièrement au meilleur de sa forme. Les ventes et les profils ne cessent d’augmenter depuis 15 ans, et l’action Microsoft atteint des nouveaux sommets. Pourtant, Ballmer s’inquiète, les investisseurs continuent de penser que cette croissance va durer alors que les signes avant-coureurs de la fin sont déjà là.

Le marché commence en effet à saturer, et même si les ventes de mise à jour Windows et Office continueront, le marché n’augmentera plus de façon aussi significative que lors des années précédentes. La croissance passe de 54% en 1999 à 10% en 2000 et les profils de Microsoft se stabilisent.

Il ne faut pas plus pour que certains investisseurs pensent déjà que l’âge d’or de Microsoft est terminé et que la compagnie va maintenant devenir un nouveau IBM, se reposant uniquement sur son marché existant. Afin de relancer la croissance, Ballmer, qui en dirigeant brièvement la division MSN a pris conscience de l’importance d’internet et du web, décide de capitaliser sur ceux-ci, en partant d’un petit projet commencé 3 ans plus tôt.

En 1997, Adam Bosworth, qui a dirigé l’équipe en charge du développement du moteur d’Internet Explorer (« Trident ») menace de quitter la compagnie. Il ne s’entend pas avec ses supérieurs et les tensions entre l’équipe Internet Explorer et le reste de la compagnie ont eu raison de sa patience.

Etant donné qu’il s’agit d’un développeur talentueux qui a la confiance de son équipe, Bill Gates souhaite garder Bosworth à Microsoft. Bosworth accepte à une condition : qu’on lui donne une équipe 100% indépendante au sein de Microsoft de 30 personnes pendant 3 ans, avec 6 millions de dollars de budget par un, afin de développer ce qu’il souhaite sans aucune interférence.

Bill Gates accepte et Bosworth obtient son équipe. L’équipe de Bosworth s’intéresse alors à un nouveau standard web ouvert : le XML (Extended Markup Language).

Le XML peut être vu comme un cousin de l’HTML, langage à balise utilisé sur le web afin d’afficher graphiques et textes. Cependant, celui-ci va beaucoup plus loin. Il est possible de gérer n’importe quel type de données dans du XML, et celles-ci seront accessible quelle que soit la plateforme utilisée. Ayant été conçu pour le web, le XML est simple et fonctionne aussi bien sur Windows qu’ailleurs. Là où les transactions entre les différents clients sur différents systèmes Oracle, Microsoft ou IBM utilisent tous des protocoles propriétaire, l’équipe de Bosworth propose que le xml devienne le standard des systèmes Microsoft du futur.

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Fichier XML lisible par n’importe quel programme

De son côté, Jean Paoli travaillait sur ce qui allait devenir le XML depuis les années 1980. Le prédécesseur du XML, le SGML (Standard generalized markup language) était déjà utilisé par ceux qui avaient besoin de structurer d’énormes bases de données.

Néanmoins, sa complexité excessive fit qu’il ne sera jamais massivement adopté. Tim Berners-Lee, travaillant au CERN en Suisse, simplifiera le SGML afin de créer le HTML qui deviendra la base du World Wide Web.

HTML, malgré son succès, a pourtant des limitations. Il est conçu pour fonctionner principalement en lecture seule, avec les informations qui descendent du site web vers l’utilisateur. Le World Wide Web Consortium (W3C, dont Microsoft et la plupart des acteurs du web font partie), décide alors de faire évoluer le web pour le rendre plus interopérable.

Pour cela, le W3C retourne à la base de l’HTML, le SGML afin de créer une nouvelle façon plus stricte de construire des pages web. Un groupe de 11 personnes dont Jean Paoli, qui a rejoint Microsoft en 1996, est mis en place afin de développer un langage dérivé du SGML pour le web : le XML. Le groupe se ne rencontrera jamais en face à face, tout sera développé et décidé via les premières téléconférences web de l’époque. En 1998, le résultat est le format XML. Celui-ci sera alors utilisé comme base pour créer une nouvelle version d’HTML, le XHTML. Cependant, le XHTML est un nouveau départ, il n’est pas retrocompatible avec les versions précédentes d’HTML, qui seront à terme abandonnées. Les développeurs Web qui ont créé les premières webapps en HTML vont devoir les coder à nouveau en XHTML.

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Descendants du SGML

A Microsoft, Paoli devient naturellement un allié à Bosworth et à son équipe. Un de leur premier projet sera le développement d’un parseur (programme qui lit la structure) XML open source en Java, une première pour Microsoft.

En 1998, les autres équipes de Microsoft restent peu enthousiastes à l’idée d’adapter le XML. Bosworth tente alors un coût de poker. En février, à une réunion de Microsoft Research avec des exécutifs d’IBM, Oracle et Sun, Bosworth fait comprendre que Microsoft est sur le point de choisir XML comme standard. Le message aux autres compagnies est clair. « Si vous ne nous suivez pas, vous allez rester sur le carreau ». Le bluff fonctionne, les trois compagnies lancent des projets XML, et Bill Gates est contraint de suivre.

A l’époque, le Windows du futur qui doit fonctionner sur tous les appareils est déjà envisagé. Il s’intègrera à des services de voix, photo, musique, écriture digitale, téléphonie sur une multitude d’appareils tels les PCs classiques, les nouveaux Tablet PC ou les téléphones Windows.

Pour cela, Forms+ (dont nous avons parlé dans le chapitre précédant avec les activity center) doit devenir la méthode standard pour afficher des données, storage+ doit devenir la méthode standard pour gérer ses données et COM+ la méthode standard pour gérer les objets du système d’exploitation.

Il est prévu que tous ces systèmes soient propriétaires et très intégrés à Windows. Le XML sera uniquement utilisé afin de partager des données avec le web.

L’arrivée de Ballmer en 2000 aux commandes change les choses. Celui-ci est prêt à parier plus sur XML, mais pas complétement. XML sera un des piliers de la compagnie, peut-être le plus important dans le futur, mais Windows et Office doivent également rester deux piliers majeurs. Ballmer annonce alors un grand événement : le forum 2000, ou seront présenté la prochaine génération de services Windows. Le nom du projet évolue et s’affranchi du nom Windows pour devenir .Net . Celui-ci pourra alors être ajouté au nom de tout les services et produits Microsoft (Office .net MSN .net,…). La plateforme .Net fonctionne sur du XML, et espère devenir le langage standard d’internet. Le XML révolutionne la façon dont les applications parlent les unes avec les autres.

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La vision .NET et XML de Microsoft

A terme, Windows doit aussi se baser sur .NET. Pourtant, en 2000, Windows n’est pas encore unifié. Windows Millenium utilise encore les bases de codes datant de Windows 95, 3.1 et même MS-DOS. Il est temps d’enfin amener tous les utilisateurs sur le code moderne de Windows 2000/NT 5. Cela est maintenant prévu par Jim Allchin pour NT5.1, nom de code « Whistler », qui sera assez compatible pour tous les utilisateurs, professionnels ou particuliers. Pour Allchin, ouvrir .Net aux utilisateurs non Microsoft (Linux, ou même les versions précédentes de Windows), n’est pas une bonne idée. .net devrait être un argument majeur pour Windows Whistler. La stratégie « Windows-best » ne suffit pas, cela doit être Windows-only.

Pour éviter que le scenario de Windows 2000 (ou le développement a pris 5 ans) se répète, à partir de Whistler, les versions de Windows seront maintenant développées plus souvent, avec moins de nouveautés à chaque fois.

L’important étant de passer rapidement les utilisateurs sur le nouveau Windows unifié basé sur Windows 2000, le concept des activity center passe à la trappe et est remplacé par une nouvelle interface Windows plus classique simplifiée : Luna. Avec cette interface, Whistler deviendra plus simple à utiliser avec les périphériques tels les caméras et les scanners, … Il permettra également de graver des cd et dvd directement depuis l’explorateur Windows. Un client basique permettant de se connecter au service Messenger sera également inclus au système afin de fournir des capacités de communications textes, vidéos et audio (le service Messenger est à l’occasion renommé .NET messenger service).

Whistler sera également le premier Windows compatible avec les nouveaux Tablet-PC.

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Les Tablet-PC, nouveau type d’appareils

Une fois Windows unifié avec Whistler, une mise à jour majeure de Windows suivra : Blackcomb, qui modernisera Windows grâce au XML et à .net (Windows deviendra Windows .NET). Pour Microsoft, .Net est le futur de la compagnie.

(Whistler-Blackcomb est le nom d’une station de ski populaire chez les employés Microsoft se situant entre les montagnes Whistler et Blackcomb).

Whistler utilisera finalement le nom XP (pour eXPerience). Windows XP et Office XP sont considérés par Microsoft comme la porte d’entrée vers .NET pour les utilisateurs (la version serveur de Windows XP s’appelle d’ailleurs Windows .NET server plutôt que Windows XP server).

Windows XP est disponible le 25 Octobre 2001.

Desktop Icons Are Big On Windows XP - A

Windows XP

La même jour, Windows XP est également le premier Windows à être disponible pour la nouvelle architecture 64 bits d’Intel : « IA64 » ou « Itanium ». Les premiers processeurs 64 bits Itanium sont disponibles en 2001 en même temps que Windows XP.

La nouvelle architecture d’Intel se devait d’être compatible avec les programmes x86 existants. Cependant, ça n’est pas une priorité. Les spécifications d’Intel parlent d’au mieux une vitesse d’exécution compatible à la génération de processeurs précédente.

Prévue d’abord comme émulation hardware, la compatibilité se fera finalement de façon software en transcrivant à la volée toutes les instructions x86 en IA64.

Au final, le système est horriblement lent, mais Intel ne pense pas que cela sera un problème car à terme, de nouvelles applications seront développés pour IA64.

De plus, la compatibilité avec les applications MS-DOS and Win16 est totalement absente. Par manque de temps, des composants Windows tels Windows Movie Maker et Media Player ne sont pas non plus disponibles dans la première version du système.

De son côté, AMD, après avoir gagné la bataille juridique contre Intel au milieu des années 1990, est de nouveau autorisé à produire à nouveau des processeurs x86 et à concurrencer Intel. L’accord entre les deux compagnies autorisera AMD à utiliser indéfiniment l’architecture x86 à conditions qu’ils ne clonent plus directement les processeurs Intel.

Après l’AM496, clone de l’Intel 486, le processeur K5 d’AMD n’est donc pas un clone du Pentium d’Intel mais est en processeur 100% conçu par AMD.

Les successeurs K6 et K7 intègrent des technologies qu’AMD a acquis en construisant des processeurs RISC pendant les années ou le marché des processeurs x86 leur été interdit. Ils sont plus efficaces que les Pentium d’Intel, et permettent à AMD de reprendre de précieuses part de marchés, notamment chez les joueurs PC. A ce niveau, les processeurs AMD ne partagent avec Intel que les instructions x86 de base afin d’être compatible.

A performance équivalente, les processeurs AMD étaient mieux conçus. Les processeurs Intel utilisaient plus de méthodes de parallélisme afin d’exécuter plusieurs instructions à la fois que les processeurs AMD. Ceux-ci devaient donc fonctionner à une vitesse d’horloge plus grande, et chauffaient plus que les processeurs AMD.

AMD avait donc une marge de manouvre plus grande pour faire évoluer ses processeurs x86 qu’Intel.

Alors qu’Intel se concentre sur le développement de la nouvelle architecture 64 bits Itanium, AMD pense avoir prouvé avec ses derniers processeurs qu’il est aujourd’hui possible de faire avec les processeurs x86 64 bits tout aussi performants.

Fort de l’expérience gagnée par le développement des K5, K6 et K7, AMD décide de continuer seul avec l’architecture x86 abandonnée par Intel. Passer à une nouvelle architecture est en effet difficile, et AMD prend le pari que beaucoup préféreraient avoir une version 64 bits de l’architecture x86 plutôt que de passer à un système totalement nouveau, même s’il est mieux conçu. C’est un pari risqué, mais il y a très gros à gagner si ça marche.

Afin de créer l’architecture AMD64, AMD prend la même route qu’Intel a pris 15 ans plus tôt pour passer les processeurs x86 de 16 à 32 bits. Les registres et opérateurs sont étendus à 64 bits. Le processeur reste ainsi 100% retrocompatible avec les programmes x86 16 bits et 32 bits.

A l’origine, Microsoft ne soutient pas le projet. Cependant, là ou Intel leur a présenté une architecture IA64 déjà finalisée, les équipes d’AMD demandent régulièrement des retours de Microsoft pendant le développement.

Dave Cutler, le développeur originel de Windows NT, fera finalement le lien entre Microsoft et AMD pendant le développement d’AMD64.

Le port de Windows vers AMD64 est finalement beaucoup plus simple que celui vers IA64, et les applications 32 bits fonctionnent toujours à vitesse réelle grâce au système WOW64 (Windows 32 on Windows 64).

Au final, même si un processeur IA-64 a des meilleur performance qu’un processeur équivalent AMD64 (de 10 % environ), cela ne justifie pas pour la plupart de développeur à justifier le passage à une toute nouvelle architecture et la perte de la rétrocompatibilité.

Intel finira par abandonner IA64 et reviendra vers des processeurs x86 64 bits, sous le nom Intel64. C’est un succès total pour AMD. Cette fois, c’est Intel qui se doit d’être compatible avec eux.

Windows XP 64 bits edition (pour IA64) sera abandonné début 2005, et remplacé en Avril par Windows XP Professional X64, conçu pour AMD64.

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